Monkeys, babies and doodling (in French)

De l’étude sur le gribouillages des singes anthropoïdes et des tout petits enfants de Ignace Schretlen

SINGERIES OU ART VERITABLE ?Pourquoi n’accorde-t-on généralement aucun intérêt aux gribouillages des tout petits enfants jusqu’au moment où ce qui apparaît sur le papier nous semble reconnaissable ? Par contre, nous sommes ébahis par un chimpanzé qui gribouille spontanément sur un papier. Les gribouillages du petit enfant – souvent au dos du papier que papa ou maman a utilisé pour l’ordinateur – finissent dans la corbeille à papier. En revanche, on considère que les expressions créatrices des singes anthropoïdes méritent une place dans un musée. Les gens s’extasient devant ces “oeuvres” et croient vite reconnaître la forme d’une banane dans certains coups de pinceaux à la peinture jaune.La relation entre les singes anthropoïdes et les hommesDans la relation entre l’homme et l’animal, celle qui existe entre l’homme et le singe a une place particulière. Il ne s’agit pas là du contact effectif mais du singe tel qu’il est perçu par l’homme. Dans l’introduction de son livre intitulé “The monkey in Art”, l’auteur, Ptolemy Tomkins, fait référence à l’idée – qui a dominé le monde pendant des siècles – que les singes nous posent un problème pour diviser le monde qui nous entoure en catégories bien définies. Le singe sème la confusion dans l’image que nous avons de nous-mêmes par rapport aux autres êtres vivants. L’image que les hommes se sont faite des singes au cours des siècles est aussi bien souvent fortement teintée d’émotion. Face au gorille King Kong – la création hollywoodienne du film du même nom de 1933 et personnification de la force sauvage et de la sensualité qui fit trembler toute une génération — se dresse le singe sacré des Hindous (appelé Heolman ou Hanoeman), symbolisant avant tout l’obéissance.

Les singes ont souvent été — surtout en Occident — le symbole représentant autant le côté négatif des hommes que leurs besoins les plus bas ; en Orient, au contraire, on mettait l’accent sur la sagesse que l’on prêtait aux singes. Dans bien des endroits, le singe joue un rôle dans la satire et à ce propos, l’image du 16e et 17e siècles du singe qui peint, sosie de l’artiste imitant l’oeuvre de Dieu est particulièrement cocasse.

Depuis cent cinquante ans, notre perception des singes et, en particulier des anthropoïdes, a été fortement transformée par la science. Trois facteurs jouent un rôle déterminant dans cette évolution. En premier lieu, on trouve la théorie de l’évolution de Charles Darwin (1809-1882) publiée en 1859 dans ” On the origin of species” (De l’origine des espèces). En second lieu, il y a la naissance de l’éthologie — une branche de la biologie qui étudie le comportement naturel des animaux — à laquelle sont liés les noms de Konrad Lorenz et de Niko Tinbergen. Enfin, la recherche sur les chromosomes — les porteurs de nos caractères héréditaires — a non seulement contribué à l’élargissement de nos connaissances mais aussi à la modification de notre conception de la parenté entre l’homme et l’anthropoïde.

Pour revenir à Charles Darwin, ce n’est pas tant son ouvrage le plus important “On the origin of species” que son livre paru en 1871 “The descent of man” (La descendance de l’homme) qui souleva une grande polémique. “The descent of man” traite de l’origine de l’homme et de sa parenté avec les singes anthropoïdes. En fait, il abordait les conséquences plus ou moins logiques de sa théorie publiée auparavant. Par ailleurs, il faut signaler que le concept “d’évolution” – en tant que pendant du changement brutal tel qu’il se produit lors d’une “révolution” – n’était pas nouveau. La pensée de Charles Darwin devint rapidement accessible au grand public et s’infiltra même en peu de temps dans les livres pour enfants. L’image popularisée d’un singe anthropoïde comme lointain ancêtre de l’homme était franchement choquante. La théorie moderne de Darwin sur l’évolution était pourtant un défi pour les scientifiques des spécialités les plus diverses mais surtout, bien sûr, en biologie pour lancer de nouvelles recherches.

Sur ce thème, une étude mérite assurément d’être mentionnée. Au Darwinianum de Moscou, la biologiste russe Nadjeta Kohts, a observé le comportement du chimpanzé Joni de 1913 à 1916. Elle effectua toutes sortes d’expériences concernant notamment la perception des couleurs et des contrastes. En 1925, elle eu un fils — Roody — dont elle observa et consigna le comportement avec la même précision jusqu’en 1929. Il faudra attendre 1935 pour que Nadjeta Kohts publie les résultats de cette “étude comparative”. A part une observation antérieure isolée, probablement anecdotique, cette biologiste fait partie des premiers scientifiques qui ont également mis en parallèle les gribouillages d’un chimpanzé et d’un tout petit enfant. Nadjeta Kohts en signala l’intérêt mais ne traita pas la question plus à fond. En sa qualité de scientifique, elle ne se laissa pas aveugler par un enthousiasme débordant sur tous les points communs constatés entre le chimpanzé Joni et son propre fils Roody. Dans la conclusion de sa publication relative à cette étude comparative, elle en souligne également les différentes essentielles. Dans plusieurs parties du monde, il devint à cette période à la mode de prendre chez soi de jeunes singes anthropoïdes (en particulier des chimpanzés) en vue de les étudier, notamment en ce qui concerne la question de la profondeur de la parenté avec les hommes.

La naissance de l’éthologie fut accessible au grand public par des ouvrages impressionnants, écrits par des femmes essentiellement, qui avaient étudié pendant des années et souvent au péril de leur vie le comportement des chimpanzés, des orangs-outangs, des gorilles et des bonobos (chimpanzés pygmées) dans la nature. On donna un nom à ces anthropoïdes correspondant chacun à un caractère et une histoire propre, ce qui eu pour effet de rapprocher encore davantage ces animaux des hommes. Le comportement des anthropoïdes était également étudié et analysé, en détails et à grande échelle, dans les jardins zoologiques et continue de l’être actuellement. Bien entendu, il faut continuellement réfléchir à la question de savoir – et c’est absolument essentiel dans ce contexte – dans quelle mesure l’on peut parler d’un comportement “naturel” dans un environnement aussi artificiel que l’est un parc zoologique. Ainsi par exemple, on constate que dans les parcs zoologiques les anthropoïdes développent une préférence plus marquée pour l’utilisation de leur main droite ou gauche parce que ces animaux en captivité grimpent souvent moins et ont donc moins souvent besoin d’utiliser leurs deux mains simultanément. Dans l’étude sur les gribouillages des singes anthropoïdes aussi, il convient de garder continuellement à l’esprit cette notion d’environnement “non naturel” qui sert de cadre à ce type d’expression. Dans la nature, ces animaux ne dessinent et ne peignent pas, peut-être parce qu’ils ne disposent pas de matériel pour ce faire. Ceci met l’accent d’ailleurs sur l’importance du matériel et donc de la dépendance vis-à-vis des gardiens et des chercheurs qui mettent le matériel à la disposition des anthropoïdes. Sans en tirer de conclusions particulières, il faut rappeler par ailleurs que nous ne disposons presque pas non plus de dessins d’enfants antérieurs à cent cinquante ans ; or on peut supposer, en ce qui concerne les enfants, qu’ils dessinaient aussi autrefois, mais sur de la pierre et sur des supports qui ont disparu.

En faisant référence au travail de Charles Darwin dans l’optique de l’étude sur les singes anthropoïdes, nous avons été amenés à citer le nom de la biologiste russe Nadjeta Kohts, il nous faut maintenant citer le biologiste et peintre anglais né en 1928, Desmond Morris. Son bestseller “The naked ape” de 1967 ne rapprochait pas le singe de l’homme mais, à l’inverse, donnait en quelque sorte une place à l’homme parmi les singes. Son ouvrage publié cinq ans plus tôt, “The biology of art”, moins connu mais pourtant plus intéressant, est le premier livre qui traite des dessins et des peintures réalisés par des anthropoïdes. Comme le titre l’indique, les prétentions de Morris étaient claires. Il pensait avoir trouvé les racines biologiques de l’art dans les expressions créatrices des singes anthropoïdes.

Sur ce point, Desmond Morris a une opinion radicalement opposée à celle du philosophe belge Thierry Lenain qui publia en 1990 “La peinture des singes” (autre ouvrage consacré à ce sujet), dont une traduction en anglais, revue et complétée a paru sept ans plus tard. Pour Lenain, il existe un fossé infranchissable entre les gribouillages des anthropoïdes et l’art. L’artiste choisit consciemment son matériel, y compris le papier ou la toile, qui va servir de support à l’expression de ses idées. C’est par ce choix que commence déjà le processus qui va donner naissance à l’art. La pensée de l’artiste s’exprime autant dans la forme que dans le contenu de l’oeuvre artistique. L’oeuvre d’art renvoie donc à quelque chose qui en fait n’a pas de lien avec ce travail concret. Ceci n’est absolument pas le cas, selon Lenain, pour les gribouillages des anthropoïdes : le fait de gribouiller peut certes être considéré comme un acte libre qui exige un certain développement intellectuel mais le résultat dépend directement et est indissociable du matériel mis à disposition par les hommes ; sans ce matériel, les figures dessinées ou peintes n’ont aucun sens propre. C’est donc la raison pour laquelle ces gribouillages n’ont même aucune intérêt, selon Lenain, pour la recherche de l’origine de l’art. Nous laisserons de côté, pour l’instant, la question de savoir si le travail des singes a véritablement un rapport quelconque avec l’art.

Après la publication de la théorie de l’hérédité de Charles Darwin et la naissance de l’éthologie, la recherche sur les éléments porteurs des caractères héréditaires — l’ADN — provoqua de nouveau une grande consternation : l’homme et le chimpanzé ont peut-être bien suivi un développement respectif au cours de l’évolution qui a commencé par un ancêtre commun il y a environ 6 millions d’années, force est de constater cependant que la différence entre leur ADN n’est que de 1,6%. Tant qu’il s’agissait de savoir si ce sont les singes anthropoïdes qui sont proches des hommes ou l’inverse, on était dans le domaine de l’hypothèse, des spéculations et des sentiments. La recherche sur les caractères héréditaires produisit des données irréfutables, même s’il reste difficile pour ceux qui ne sont pas spécialistes dans ce domaine d’en évaluer la pertinence.

Il est tout à fait compréhensible que du fait notamment des progrès réalisés dans le domaine de la recherche génétique, on ait eu tendance à trouver une explication biologique à toute une variété de comportements — qu’ils soient d’ordre général comme l’agressivité ou de nature psychopathologique. Le biologiste néerlandais Frans de Waal qui travaille aux Etats-Unis et qui a observé le comportement des singes anthropoïdes pendant de nombreuses années estime que même notre morale est ancrée dans la nature et les hommes n’en ont pas le monopole ; les chimpanzés auraient eux aussi la conscience de ce qui est bien et mal. Nous constatons donc que l’homme n’est plus aussi unique que nous ne le pensions au départ : les chimpanzés sont capables tout comme les hommes de fabriquer des outils, semblent disposer d’une certaine aptitude linguistique et ont une conscience. La réalisation d’une oeuvre artistique était et est toujours considérée comme l’unique privilège de l’homme et une manifestation caractéristique de la civilisation humaine. Dans l’exercice de cette activité se reflète également le niveau incontestablement élevé et peut-être même le degré supérieur atteint par le cerveau au cours de l’évolution. La discussion sur ce que les gribouillages des anthropoïdes nous apprennent s’inscrit donc dans le cadre de la question incontournable de savoir dans quelle mesure la créativité humaine est-elle unique finalement.

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Peinture faite en 1966 par Mano, chimpanzé de 7 ans, au zoo de Rotterdam
© Collection Ignace et Mia Schretlen, kijk op Krabbel, ,Scryption museum, Pays Bas (cliché P. Lafaite/MNHN)


Peinture faite en 1993 par Sophie, à l’âge de 25 mois
© Collection Ignace et Mia Schretlen, kijk op Krabbel, ,Scryption museum, Pays Bas (cliché P. Lafaite/MNHN)

Les gribouillages des singes anthropoïdes : hasard et motricitéComment peut-on étudier les gribouillages des anthropoïdes de manière judicieuse sans verser dans la spéculation ? Le fait établi que les chimpanzés, les orangs-outangs, les gorilles et les bonobos – sorte de singe différente découverte seulement en 1929 – peuvent effectivement dessiner et peindre est déjà tout à fait exceptionnel. En effet, dans la recherche sur l’aptitude linguistique des anthropoïdes, on se trouve confronté au paradoxe que ces animaux pourraient peut-être maîtriser certaines notions linguistiques mais que l’anatomie de leur bouche et de leur larynx ne leur permet pas de parler et donc de prononcer des mots pouvant exprimer ces concepts linguistiques. Même la réalisation de gribouillages spontanés – ce dont sont indubitablement capables les singes anthropoïdes – est une opération particulièrement complexe. En effet, il faut beaucoup de coordination dans notre monde tridimensionnel pour dessiner ou peindre quelque chose à l’aide d’un morceau de craie ou un pinceau sur une feuille de papier, qui est un support à deux dimensions. Pour les tout petits enfants (11-15 mois), les premières tentatives de griffonnage donnent naissance à des gribouillages présentant des traits non contrôlés et autres confrontations mal gérées avec le papier. L’enfant moyen ne sera capable de tracer une ligne horizontale bien droite qu’entre 4 ans et demi et 5 ans et demi. De ce point de vue, il est très étonnant de constater que certains chimpanzés ont réalisé des gribouillages à l’âge de six mois, c’est-à-dire à un plus jeune âge que les petits d’homme. Cela s’explique par le fait que le développement moteur des chimpanzés est, en premier lieu, plus rapide que chez l’homme.Les gribouillages des anthropoïdes sont surprenants mais jamais impressionnants. Comme dans les dessins des tout petits enfants, ce sont souvent simplement des gribouillis ou des barbouillages. La question s’impose donc de savoir dans quelle mesure ces gribouillages peuvent réellement être considérés comme l’enregistrement de mouvements fortuits effectués avec le bras ? A ce propos, il serait très intéressant de savoir à quoi ressemblerait un dessin uniquement déterminé par le hasard. Il s’avère pourtant difficile et probablement même impossible de faire réaliser un tel dessin par un ordinateur sur une surface ayant une longueur et une largeur données. Nous ne sommes pas allés beaucoup plus loin que relier des points placés arbitrairement par l’ordinateur — du moins dans notre étude — et nos appels lancés dans diverses revues spécialisées n’ont eu aucun écho ; le seul résultat que nous avons obtenu a été un certain nombre de lignes reliées entre elles mais ce n’était pas, bien entendu, le but de notre recherche. Il y a cependant de bonnes raisons de supposer que les gribouillages des anthropoïdes ne sont pas nés d’un pur hasard. D’ailleurs un argument important a déjà été fourni sur ce point : il faut une grande coordination pour ne pas déborder de la feuille de papier avec un crayon ou un pinceau. Un second argument porte sur le fait que les singes anthropoïdes respectent les bords de la feuille de papier ou de carton qu’on leur a donnée même si celle-ci est posée sur un support sur lequel les animaux pourraient aussi dessiner. Le troisième argument est constitué par les formes récurrentes des gribouillages, en particulier chez les chimpanzés. Il s’agit en général de boucles et de structures en éventail tracées à partir d’un seul point précis qui se trouve souvent au centre inférieur de la feuille. Ces structures en éventail donnent l’impression que le chimpanzé veut gribouiller ou barbouiller sur la feuille toute entière, tendance qui se retrouve souvent chez le petit enfant de deux ans ; on aurait affaire ici à “l’horror vacui” ou angoisse du vide, mais nous abordons encore ici le domaine précaire de la spéculation.Il serait évidemment plus que souhaitable de pouvoir faire appel à un programme informatique permettant de déceler des motifs et de les analyser. A notre époque, cela paraît très simple puisqu’il existe déjà des programmes de reconnaissance de texte et, depuis peu, des programmes de reconnaissance vocale sophistiqués. Les programmes qui reconnaissent l’écriture ont été également dotés de tout un échantillon d’écriture pour chaque lettre faisant partie de notre alphabet. Pour l’analyse des expressions créatices des singes anthropoïdes, nous voulons faire reconnaître par ordinateur des motifs qui n’ont pas été programmés à l’avance ; ceci s’avère beaucoup plus difficile.

Dans leur description des motifs récurrents et caractéristiques des gribouillages réalisés par des chimpanzés, les hommes comme Desmond Morris n’ont pas, ou à peine, envisagé la possibilité qu’il ne pourrait s’agir ici d’un acte conscient. Pourquoi ne s’agit-il pas de l’enregistrement d’un mouvement moteur comme peuvent l’être tant d’autres fonctions physiques ?

A titre expérimental, nous avons exécuté des travaux au musée de la ville d’Amsterdam (Stedelijk Museum), sur la Métamatic, une machine à dessiner conçue par un artiste suisse, Jean Tinguely, qui présentent des similitudes avec les gribouillages de jeunes enfants. Il s’agissait donc uniquement d’un produit exécuté par une machine dont les éléments mécaniques déterminaient le résultat. D’un côté, cela permettait d’exclure tout hasard tandis que de l’autre, toute intention consciente était écartée.

Ensuite nous avons vérifié si les gribouillages des enfants et des singes anthropoïdes présentant de fortes similitudes pouvaient être considérés comme le résultat d’une opération mécanique. Cette “machine à dessiner” en question serait tout d’abord formée par le bras qui effectue, à partir de l’épaule, un mouvement oscillatoire sur le papier ; il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup d’imagination pour comprendre que ce mouvement oscillatoire conduit à tracer une courbe légèrement arrondie. Du fait que l’épaule fonctionne comme une articulation convexe, ce mouvement peut s’exercer également de haut en bas, donc parfaitement perpendiculaire à la surface en papier ; c’est ainsi que des points apparaissent sur la feuille. Le développement moteur du petit enfant — le coude et le poignet acquérant progressivement une plus grande liberté de mouvement — lui permet (à cette “machine à dessiner”) de réaliser des dessins de plus en plus compliqués. Avec un peu de fantaisie, on peut s’imaginer qu’à partir de l’épaule — comme base — et avec le bras utilisé comme l’aiguille d’une montre, on puisse effectuer un mouvement circulaire. Du fait que l’épaule n’est jamais exactement à la même place notamment à cause de la respiration, les fameuses boucles apparaissent sur le papier. Concrètement, l’amorce du développement du gribouillage des enfants devrait pouvoir être simulée par un robot ou un bras mécanique. Cette simulation pourrait être intégralement exécutée par ordinateur, ce qui est tout à fait faisable. Naturellement, cette méthode produirait également des informations intéressantes sur la naissance des gribouillages des singes anthropoïdes puisque ceux-ci sont réalisés de la même manière. Les gribouillages sont dans ce cas principalement considérés comme l’enregistrement d’un mouvement moteur.

Tout comme pour les dessins et les peintures réalisés par des enfants, l’étude sur les gribouillages des singes anthropoïdes a été longtemps concentrée sur l’oeuvre elle-même. Pour notre part, notre étude porte plus particulièrement sur la création proprement dite, c’est-à-dire le processus de dessin et de peinture lui-même. En recherchant une méthode objective en vue d’enregistrer ce processus, nous avons trouvé ce que l’on appelle une “tablette XY”. Il y a quelques années, nous avons réussi à faire exécuter à titre expérimental des gribouillages par un chimpanzé devant l’oeil d’une caméra sur une tablette de ce type adaptée pour les besoins de l’expérience. A l’aide d’un stylo spécial, le processus de dessin est enregistré par l’ordinateur. Cela permet d’examiner ultérieurement comment le dessin a pris naissance à partir du début. De cette manière, il est possible de voir si les singes anthropoïdes dessinent des boucles de la même façon que les hommes. On mesure simultanément la vitesse du mouvement impliquée au crayon. Lors de notre expérience, celle-ci était substantiellement plus élevée que pour l’adulte moyen. En principe, on peut aussi enregistrer la pression du crayon sur le papier — qui est placé sur la tablette XY — ainsi que , depuis peu même, l’angle d’inclinaison du crayon sur le papier. Nous n’avons, pour notre part, pas pu effectuer d’enregistrement de la pression parce que le chimpanzé appuyait le feutre sur le papier avec beaucoup plus de force qu’un homme. On procède à l’analyse des figures (recopiées) enregistrées à l’aide d’une tablette XY pour mieux comprendre certaines fonctions cérébrales et les lésions cérébrales légères. De la même manière, il devrait en principe pouvoir être possible d’apprendre plus de choses sur ce qui se produit dans le cerveau pendant les sessions de dessin avec des singes anthropoïdes. Pourtant il faudra encore attendre plusieurs années pour pouvoir y parvenir.

Nous avons donc dans un premier temps considéré les gribouillages des singes anthropoïdes comme le résultat d’un pur hasard et ensuite comme l’enregistrement d’un acte moteur. Ceci nous a conduit à vous exposer un récit assez technique dans lequel l’anatomie et la physiologie de la main, du bras et de l’épaule jouaient un rôle prépondérant. Si l’on veut poursuivre cette réflexion, nous devons littéralement monter “plus haut” et aller voir ce qui se passe dans le cerveau.

L’homme — l’homo sapiens sapiens — est du point de vue biologique l’unique espèce récente de la famille dite des “Hominidés” (Hominidae). Les singes anthropoïdes forment ensemble eux aussi une famille qui a, avec la famille dont nous, les hommes, sommes issus, un ancêtre commun. L’homme appartient avec les singes anthropoïdes et les autres espèces de singes à l’ordre des primates. Les primates se caractérisent notamment par la fonction de la main selon laquelle le pouce est opposable aux autres doigts, par les yeux placés au centre de la face (permettant d’avoir une vision en profondeur) et par la complexité du cerveau selon laquelle on peut parler d’une différenciation gauche-droite (donc d’un développement asymétrique). En conséquence, il n’est pas étrange qu’il existe dans l’évolution un rapport étroit entre le développement du cerveau et la fonction de la main. Il y a toujours eu une tendance visant à considérer la main comme l’instrument servant à exécuter ce qui se passait dans le cerveau. Cela s’est révélé être une erreur. Il y a en fait interaction. Au cours des dix dernières années, la recherche sur le cerveau a fait d’énormes progrès. De même qu’il est possible d’enregistrer de manière objective un dessin avec une tablette XY comme un processus moteur visible, il est également maintenant possible d’enregistrer un certain nombre de processus invisibles ayant lieu simultanément dans le cerveau. C’est ainsi que nous avons pu effectuer un enregistrement MEG (magnéto-encéphalogramme) d’un simple mouvement de gribouillage chez un sujet adulte tel qu’il est réalisé par les tout petits enfants et les singes anthropoïdes. Les enregistrements MEG permettent de mesurer l’activité électromagnétique dans de nombreuses sections du cerveau. Cette technique permet d’établir avec précision dans quelles parties du cerveau se produit cette activité. Cet enregistrement confirme qu’un mouvement de gribouillage, simple à première vue, est en fait déjà un acte complexe au niveau du cerveau.

Même sans instrumentation compliquée, il est par ailleurs possible, à l’aide des gribouillages des singes anthropoïdes d’apprendre plus de choses sur la fonction du cerveau. Jusqu’à présent, nous avons évoqué les expressions créatrices des singes anthropoïdes nées plus ou moins spontanément sur un support vierge. Depuis des dizaines d’années déjà, des expériences simples sont menées au cours desquelles le chercheur donne une feuille de papier comportant une figure particulière: cela peut être un simple trait au milieu mais aussi un ou plusieurs carrés ou cercles. Les chimpanzés mais aussi les orangs-outangs et les gorilles se laissent incontestablement guider par cette figure. Ceci est d’ailleurs valable aussi pour les tout petits enfants, même lorsqu’ils sont tout juste capables de tenir un crayon ou un feutre. Ces expériences confirment qu’il y existe une certaine intention – dans laquelle la vision joue également un rôle important d’ailleurs — et souvent aussi déjà une préférence pour la gauche ou la droite.

Les gribouillages des singes anthropoïdes : entre singerie et art véritable

Regardons maintenant ces mêmes gribouillages sous un angle tout à fait différent. Nous savons qu’il y a environ 30.000 ans les hommes étaient capables de réaliser de superbes peintures rupestres. Depuis plus d’un siècle, des scientifiques recherchent l’origine de l’art. Il est évident que des biologistes tels que Desmond Morris situent cette origine quelque part dans le processus de l’évolution. Depuis Sigmund Freud (1856-1939) et Carl Gustav Jung (1875-1961), la même question est posée par la psychiatrie et, en particulier, la psychanalyse. L’origine de l’expression créatrice est en conséquence placée dans l’inconscient par exemple ou, plus précisément l’inconscient collectif. Des artistes célèbres comme Wassily Kandinsky (1866-1944), Paul Klee (1879-1940) et Pablo Picasso (1881-1973) se sont eux aussi plongés dans l’étude de ce qu’ils considéraient être une pulsion créatrice universelle ; cette propension se manifeste également selon eux dans les cultures anciennes, dans les civilisations primitives et dans les travaux réalisés par les malades mentaux. Pourquoi cette propension ne pourrait-elle pas être présente chez les singes anthropoïdes ? Le peintre autrichien contemporain Arnulf Rainer s’intéressa tant à cette question qu’il commença à travailler avec un chimpanzé. Afin de répondre à la question de savoir si l’expression créatrice des singes anthropoïdes a un rapport avec l’art, il est naturellement essentiel de savoir ce qu’est l’art. Afin d’éviter un long débat, on peut aussi prendre en considération une caractéristique de l’art. L’art se caractérise notamment par des courants. Les artistes progressent sur la base de leurs oeuvres mutuelles ou en s’en démarquant. Ce développement n’est possible que s’il existe une liberté artistique. Les peintres et sculpteurs qui ont une formation sérieuse sont généralement capables de reproduire une scène dans des styles différents, même si leur préférence va à un style personnel.

De quelle manière se développe cette liberté artistique ? Peut-on déjà parler d’une liberté artistique chez les enfants ? De nombreuses études intéressantes ont été menées dans ce domaine. Les parents des très jeunes enfants et des écoliers reconnaissent parfois le travail de leur fils ou de leur fille parmi celui des leurs camarades de classe. La reconnaissance d’un style personnel n’implique pas pour autant qu’il existe véritablement une liberté artistique. A l’âge de la maternelle, chaque enfant aura le plus souvent une manière spécifique de dessiner ou de peindre. Pourtant, on ne pas parler là de liberté artistique telle qu’on l’entend pour les peintres. C’est pourquoi les dessins d’enfants du siècle dernier ressemblent tant à ceux réalisés par des enfants d’aujourd’hui. On ne peut parler non plus de courant particulier comme dans l’art. Du fait de l’inexistence d’une liberté artistique, on peut logiquement conclure que les jeunes enfants ne produisent pas d’art. Ceci s’applique naturellement absolument aux singes anthropoïdes. Ceux-ci n’atteignent pas ou presque le stade important du cercle. La différence entre une boucle ininterrompue et un cercle est que dans un cercle, le début et la fin du tracé se rejoignent exactement au même point. Par conséquent, un cercle ne peut jamais être le produit d’un pur hasard ; un cercle doit être tracé en toute conscience. C’est pourquoi le cercle prend-il une place essentielle dans le développement de la créativité des enfants ; dessiner des cercles — généralement entre l’âge de 2 ans et demi et 3 ans — coïncide la plupart du temps avec l’attribution d’un sens à la figure dessinée ; celle-ci prenant alors la valeur d’un symbole. En partant de ce raisonnement, il est donc tout à fait invraisemblable que les expressions créatrices des singes anthropoïdes, qui ne présentent pas de cercles parfaits, puissent avoir une signification particulière.

Cela n’empêche pas que les singes anthropoïdes, tout comme les tout petits enfants, peuvent réaliser des gribouillages avec une concentration extrême et une application remarquable. De même, il est tout autant remarquable que ce n’est pas le résultat qui compte mais l’activité en soi. A l’instar des tous petits enfants qui déchirent ou détruisent au dernier moment leurs dessins ou leurs peintures, à la grande déception de leurs parents, le singes anthropoïdes mangent par fois leurs gribouillages. L’activité qui consiste à peindre ou dessiner est manifestement si satisfaisante que l’on n’a pas besoin de stimuler ces animaux, pas plus que ces petits enfants, par la perspective d’une récompense. Il semble bien – mais là encore apparaît le spectre de la spéculation – que cette activité est le moyen, en effet, d’exprimer un certain besoin de créer.

Il va sans dire que rechercher les traces ce besoin de créer parmi les enregistrements des sessions de gribouillages dont nous disposons est un véritable défi. Pour ce faire, il faudrait trouver un point de départ. En d’autres termes : avec un ordinateur, il est possible de simuler, sur la base de nos connaissances anatomiques et physiologiques, une petite partie du développement du dessin mais, à un moment donné, apparaissent des aspects qui dépassent la simulation ; c’est là qu’entre en jeu la création.

Les gribouillages des singes anthropoïdes et ceux des très jeunes enfants présentent des similitudes frappantes dès le premier coup d’oeil. Ces similitudes sont d’ailleurs logiques puisqu’on retrouve de fortes ressemblances du point de vue anatomique et physiologique. Bien entendu, il existe aussi des différences essentielles. En ce qui concerne les expressions artistiques, les singes anthropoïdes et les hommes empruntent si rapidement des chemins divergents que l’on peut plus même parler d’une différence quantitative. Il est donc incorrect de penser qu’un homme suit au départ le même développement qu’un singe anthropoïde mais qu’il le poursuit ensuite plus avant. Le raisonnement inverse est tout aussi erroné : les singes anthropoïdes et les hommes ont chacun un développement propre. Plus la recherche se polarise sur l’activité qui consiste à griffonner plutôt que sur les gribouillages eux-mêmes, plus la possibilité de découvrir finalement tout de même des différences fondamentales entre les singes anthropoïdes et les hommes est grande. Laissons donc les gribouillages des singes anthropoïdes dans les musées. Mais il serait bon alors d’accorder davantage d’intérêt aux gribouillages des très jeunes enfants afin qu’ils ne disparaissent plus dans les corbeilles à papier.

Ignace Schretlen
Ignace Schretlen (1952) a fait des études de médecine et de philosophie à l’université de Nimègues (Pays-Bas). Il travaille comme médecin généraliste et artiste peintre. Ecrivain et poète, il a en outre publié sous divers pseudonymes plus de dix ouvrages sur des sujets les plus variés. Ignace Schretlen est l’initiateur de l’association néerlandaise Kijk op Krabbels qui effectue une recherche scientifique et artistique sur l’origine biologique de la créativité. Les travaux de cette association sont exposés dans différents lieux aux Pays-Bas dont un grand nombre de musées. En 1998, Ignace Schretlen a reçu l’insigne royal de chevalier de l’ordre d’Orange-Nassau en récompense de son travail de pionnier  dans le domaine culturel. Il a par ailleurs obtenu divers autres prix.

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Dessin fait le 29.01.98 par Terbang (Orang-Outan) au zoo d’Amsterdam
© Collection Ignace et Mia Schretlen, kijk op Krabbel, Scryption museum, Pays Bas (cliché P. Lafaite/MNHN)


Dessin fait le 06.03.98 par Vincent, garçon de 17 mois
© Collection Ignace et Mia Schretlen, kijk op Krabbel, ,Scryption museum, Pays Bas (cliché P. Lafaite/MNHN)

Seuls les Reptiles ont un « cerveau reptilien » !

Qui n’a pas entendu parler de cette théorie selon laquelle nos comportements « animaux » et « instinctifs » s’expliquent (ou s’excusent) par la persistance dans notre cerveau « évolué » d’un cerveau plus primitif, plus ancien, hérité de nos ancêtres animaux : le « cerveau reptilien » ?
Aussi séduisante que soit cette notion, qui permet de justifier nos comportements les plus impulsifs, les plus violents et qui échappent à notre contrôle, elle repose sur des connaissances scientifiques du cerveau des Vertébrés anciennes que les progrès des techniques d’étude ont largement invalidées depuis le début des années 70.

Paradoxalement, c’est aussi dans les années 70 que le « cerveau reptilien » prend forme par l’intermédiaire d’un neuropsychiatre américain MacLean, soutenu en France par Laborit et largement médiatisé par le film “Mon oncle d’Amérique”. Tous deux s’appuient sur la théorie des paliers redéfinie par R. Anthony (directeur du laboratoire d’Anatomie comparée du Muséum) pour étayer une théorie neuropsychologique, la théorie des trois cerveaux ou cerveau tri-Unique qui suppose l’existence chez l’homme de 3 niveaux comportementaux : reptilien, paléo-mammalien et néo-mammalien.

Le cerveau reptilien, hérité de nos ancêtres Thérapsides (il y a 250 millions d’années), comprendrait les ganglions de la base, le tubercule olfactif et le septum, et conditionnerait l’animalité de base avec ses comportements d’imitation, ses stéréotypes répétitifs, réflexes d’orientation, de camouflage, ainsi que ses comportements pré-semmentiques de reconnaissance et de rapport avec les congénères (identification, séduction, soumission, territorialité et puissance égoïste ou de nuisance).

Le cerveau paléo-mammalien, constitué du système lymbique, le cerveau émotionnel ou des affects, associé également à l’élevage des jeunes, serait apparu chez les premiers Mammifères.

Le cerveau néo-mammalien, apparu seulement chez les Mammifères supérieurs, aurait connu un développement considérable chez les primates. Il se caractériserait par ses fonctions analytiques, réflexives et langagières, c’est le cerveau purement cognitif et rationnel, fonctionnant comme un ordinateur hyper-sophistiqué, dépouillé de toute sensibilité.

Une telle hypothèse, bien que reposant sur des données neuropsychologiques obtenues chez l’homme, pêche par une méconnaissance profonde des données de l’éthologie comparée et de la neuropsychologie des animaux.

Chez les Vertébrés, l’élevage des jeunes existe chez d’autres espèces que les Mammifères. Tous les Oiseaux, bien sûr, mais aussi certaines espèces de reptiles, d’Amphibiens et de poissons ont développés des comportements de soins au jeunes depuis une simple protection par défense d’un territoire autour des sites de ponte (piranha…) jusqu’à un élevage complet avec transmission de préférences alimentaires, de modes de communication et d’autres comportements complexes chez les Oiseaux. Nombre d’invertébrés développent également différents niveaux de soins aux jeunes.
De la même manière, les fonctions analytiques et réflexives qui caractériseraient le cerveau néomammlien des Mammifères supérieurs existent déjà chez tous les Mammifères, mais aussi chez les Oiseaux et les Céphalopodes (pieuvres, seiches et calmars). Tous ces animaux sont en effet capables de comportements innovants, de représentations mentales construites par leur cerveau et d’apprentissage social (imitation…).

Du point de vue neurobiologique, la théorie des paliers ébauchée dès 1908 par un neuro-anatomiste, Edinger, repose sur des données anatomiques obtenues sur des cerveaux de différents Vertébrés, après leur mort, par la comparaison des grands trajets nerveux qui relient entre elles les grandes parties du cerveau. Selon cette théorie, l’évolution suivie par le système nerveux central depuis les Vertébrés inférieurs (poissons, Amphibiens et reptiles) jusqu’au Primates se manifesterait par une vague de différenciation affectant depuis l’arrière vers l’avant les superstructures sensorielles et motrices du cerveau. Il s’agirait donc d’une sorte d’ascension progressive des centres d’analyse sensorielle (sensibilité tactile, vision, audition) et de commande des actes moteurs (motricité et vie végétative) par superposition de niveaux sans cesse plus complexes contrôlant les réseaux de contrôle de la moelle épinière.

Ce schéma évolutif global pourrait se résumer par la superposition au cours du temps de 3 paliers structuraux : archéoencéphalique, paléoencéphalique et néoencéphalique.

Stade Archéoencéphalique
A l’origine, le cerveau aurait été très compartimenté au plan sensori-moteur. Chaque vésicule encéphalique aurait été plus ou moins spécialisée pour traiter un type d’information : le télencéphale aurait été exclusivement olfactif; le toit optique mésencéphalique visuel et tactile; le rhombencéphale auditif et vestibulaire (équilibre). Le toit optique constituerait le centre moteur supérieur. Ce niveau d’organisation serait représenté par les Agnathes, soit aujourd’hui les Lamproies.
Stade Paléoencéphalique
Dans le passage au second palier, le toit optique se verrait en partie supplanté par ce que Edinger appelait le paléo-encéphale, c’est à dire par le thalamus comme centre multisensoriel (olfaction exclue) et par les corps striés ou ganglions de la base. Ces corps striés comporteraient une partie sensorielle mais représenterait surtout le centre supérieur d’intégration motrice d’où partiraient les voies en direction de la moelle épinière. Ce niveau d’organisation atteindrait son plein développement chez les Reptiles et les Oiseaux.
Stade néoencéphalique
L’élaboration d’un troisième et dernier palier détrônerait à son tour le paléo-encéphale au profit d’un appareil suprasegmentaire plus complexe, comportant une nouvelle structure télencéphalique, le néocortex. Ce stade ultime de l’évolution du cerveau aurait été atteint exclusivement chez les Mammifères.

Tous les cerveaux des vertébrés sont construits sur la même architecture de base.

La possibilité de réaliser des marquages fonctionnels des voies de traitement des informations sensorielles ou motrices directement à l’intérieur du cerveau, en utilisant chez l’animal vivant les possibilités de transport par les neurones de traceurs colorés (technique développée aux États Unis en 1969 par Nauta), puis les progrès de l’imagerie médicale, démontrent sans conteste l’existence d’un plan d’organisation anatomique et fonctionnel commun à tous les Vertébrés comportant, dès son apparition avec les premier poissons sans mâchoire (Lamproie), il a plus de 400 millions d’années, les grandes subdivisions décrites dans la théorie des paliers comme caractéristiques des Mammifères : un télencéphale, un diencéphale et un mésencéphale, tous trois multisensoriels et moteurs.

Si l’on s’en tient aux seules voies de traitement des informations visuelles, on sait aujourd’hui que même chez la Lamproie, il existe une projection des informations visuelles sur une partie médiane du toit du télencéphale correspondant à l’hippocampe et une seconde sur le plancher du télencéphale correspondant aux corps striés des Mammifères. La première de ces deux voies persiste chez tous les Vertébrés, les Primates y compris, alors que la seconde est remplacée chez les Vertébrés Amniotes (reptiles, Oiseaux et Mammifères) par deux nouvelles voies, une voie dite courte (ou thalamofuge) qui aboutit sur le cortex strié chez les Mammifères, et une voie dite longue (ou tectofuge) qui se projette sur les cortex extrastriés (ces voies de projection seront abordées dans un autre article dans les mois à venir).

Enfin, ce cerveau reptilien s’inscrit dans une lecture erronée de l’évolution des Vertébrés : une évolution linéaire, dirigée par une tendance conduisant à l’avènement de l’Homme!

Cette lecture très particulière, voire finaliste, de l’évolution de l’Homme n’est bien sûr pas acceptable aujourd’hui. L’évolution n’est pas un phénomène linéaire dirigé par des tendances, mais un phénomène d’élimination des organismes non viables, incapables de survivre dans leur milieu jusqu’à l’âge de la reproduction. Ainsi, nulle volonté ne s’exerce par le biais de l’évolution qui viserait à favoriser le développement de formes complexes au détriment des formes simples, ce qui impliquerait la disparition des ces formes simples, et l’homme ne constitue donc ainsi qu’une des formes vivantes actuelles capables de survivre assez longtemps dans son milieu pour perpétuer l’espèce. l’Homme n’est ni plus ou moins bien adapté à son environnement que les autres.

Je vous conseille vivement pour mieux comprendre ces notions concernant l’évolution de vous plonger dans les nombreux écrits de Stephen Jay Gould, dont le dernier livre, « Millenium : histoire naturelle et artificielle de l’an 2000 », se trouve dans toutes les librairies.

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Organisation de base du cerveau de vertébré : e

ce dans notre cerveau « évolué » d’un cerveau plus primitif, plus ancien, hérité de nos ancêtres animaux : le « cerveau reptilien » ?
Aussi séduisante que soit cette notion, qui permet de justifier nos comportements les plus impulsifs, les plus violents et qui échappent à notre contrôle, elle repose sur des connaissances scientifiques du cerveau des Vertébrés anciennes que les progrès des techniques d’étude ont largement invalidées depuis le début des années 70.

Paradoxalement, c’est aussi dans les années 70 que le « cerveau reptilien » prend forme par l’intermédiaire d’un neuropsychiatre américain MacLean, soutenu en France par Laborit et largement médiatisé par le film “Mon oncle d’Amérique”. Tous deux s’appuient sur la théorie des paliers redéfinie par R. Anthony (directeur du laboratoire d’Anatomie comparée du Muséum) pour étayer une théorie neuropsychologique, la théorie des trois cerveaux ou cerveau tri-Unique qui suppose l’existence chez l’homme de 3 niveaux comportementaux : reptilien, paléo-mammalien et néo-mammalien.

Le cerveau reptilien, hérité de nos ancêtres Thérapsides (il y a 250 millions d’années), comprendrait les ganglions de la base, le tubercule olfactif et le septum, et conditionnerait l’animalité de base avec ses comportements d’imitation, ses stéréotypes répétitifs, réflexes d’orientation, de camouflage, ainsi que ses comportements pré-semmentiques de reconnaissance et de rapport avec les congénères (identification, séduction, soumission, territorialité et puissance égoïste ou de nuisance).

Le cerveau paléo-mammalien, constitué du système lymbique, le cerveau émotionnel ou des affects, associé également à l’élevage des jeunes, serait apparu chez les premiers Mammifères.

Le cerveau néo-mammalien, apparu seulement chez les Mammifères supérieurs, aurait connu un développement considérable chez les primates. Il se caractériserait par ses fonctions analytiques, réflexives et langagières, c’est le cerveau purement cognitif et rationnel, fonctionnant comme un ordinateur hyper-sophistiqué, dépouillé de toute sensibilité.

Une telle hypothèse, bien que reposant sur des données neuropsychologiques obtenues chez l’homme, pêche par une méconnaissance profonde des données de l’éthologie comparée et de la neuropsychologie des animaux.

Chez les Vertébrés, l’élevage des jeunes existe chez d’autres espèces que les Mammifères. Tous les Oiseaux, bien sûr, mais aussi certaines espèces de reptiles, d’Amphibiens et de poissons ont développés des comportements de soins au jeunes depuis une simple protection par défense d’un territoire autour des sites de ponte (piranha…) jusqu’à un élevage complet avec transmission de préférences alimentaires, de modes de communication et d’autres comportements complexes chez les Oiseaux. Nombre d’invertébrés développent également différents niveaux de soins aux jeunes.
De la même manière, les fonctions analytiques et réflexives qui caractériseraient le cerveau néomammlien des Mammifères supérieurs existent déjà chez tous les Mammifères, mais aussi chez les Oiseaux et les Céphalopodes (pieuvres, seiches et calmars). Tous ces animaux sont en effet capables de comportements innovants, de représentations mentales construites par leur cerveau et d’apprentissage social (imitation…).

Du point de vue neurobiologique, la théorie des paliers ébauchée dès 1908 par un neuro-anatomiste, Edinger, repose sur des données anatomiques obtenues sur des cerveaux de différents Vertébrés, après leur mort, par la comparaison des grands trajets nerveux qui relient entre elles les grandes parties du cerveau. Selon cette théorie, l’évolution suivie par le système nerveux central depuis les Vertébrés inférieurs (poissons, Amphibiens et reptiles) jusqu’au Primates se manifesterait par une vague de différenciation affectant depuis l’arrière vers l’avant les superstructures sensorielles et motrices du cerveau. Il s’agirait donc d’une sorte d’ascension progressive des centres d’analyse sensorielle (sensibilité tactile, vision, audition) et de commande des actes moteurs (motricité et vie végétative) par superposition de niveaux sans cesse plus complexes contrôlant les réseaux de contrôle de la moelle épinière.

Ce schéma évolutif global pourrait se résumer par la superposition au cours du temps de 3 paliers structuraux : archéoencéphalique, paléoencéphalique et néoencéphalique.

Stade Archéoencéphalique
A l’origine, le cerveau aurait été très compartimenté au plan sensori-moteur. Chaque vésicule encéphalique aurait été plus ou moins spécialisée pour traiter un type d’information : le télencéphale aurait été exclusivement olfactif; le toit optique mésencéphalique visuel et tactile; le rhombencéphale auditif et vestibulaire (équilibre). Le toit optique constituerait le centre moteur supérieur. Ce niveau d’organisation serait représenté par les Agnathes, soit aujourd’hui les Lamproies.
Stade Paléoencéphalique
Dans le passage au second palier, le toit optique se verrait en partie supplanté par ce que Edinger appelait le paléo-encéphale, c’est à dire par le thalamus comme centre multisensoriel (olfaction exclue) et par les corps striés ou ganglions de la base. Ces corps striés comporteraient une partie sensorielle mais représenterait surtout le centre supérieur d’intégration motrice d’où partiraient les voies en direction de la moelle épinière. Ce niveau d’organisation atteindrait son plein développement chez les Reptiles et les Oiseaux.
Stade néoencéphalique
L’élaboration d’un troisième et dernier palier détrônerait à son tour le paléo-encéphale au profit d’un appareil suprasegmentaire plus complexe, comportant une nouvelle structure télencéphalique, le néocortex. Ce stade ultime de l’évolution du cerveau aurait été atteint exclusivement chez les Mammifères.

Tous les cerveaux des vertébrés sont construits sur la même architecture de base.

La possibilité de réaliser des marquages fonctionnels des voies de traitement des informations sensorielles ou motrices directement à l’intérieur du cerveau, en utilisant chez l’animal vivant les possibilités de transport par les neurones de traceurs colorés (technique développée aux États Unis en 1969 par Nauta), puis les progrès de l’imagerie médicale, démontrent sans conteste l’existence d’un plan d’organisation anatomique et fonctionnel commun à tous les Vertébrés comportant, dès son apparition avec les premier poissons sans mâchoire (Lamproie), il a plus de 400 millions d’années, les grandes subdivisions décrites dans la théorie des paliers comme caractéristiques des Mammifères : un télencéphale, un diencéphale et un mésencéphale, tous trois multisensoriels et moteurs.

Si l’on s’en tient aux seules voies de traitement des informations visuelles, on sait aujourd’hui que même chez la Lamproie, il existe une projection des informations visuelles sur une partie médiane du toit du télencéphale correspondant à l’hippocampe et une seconde sur le plancher du télencéphale correspondant aux corps striés des Mammifères. La première de ces deux voies persiste chez tous les Vertébrés, les Primates y compris, alors que la seconde est remplacée chez les Vertébrés Amniotes (reptiles, Oiseaux et Mammifères) par deux nouvelles voies, une voie dite courte (ou thalamofuge) qui aboutit sur le cortex strié chez les Mammifères, et une voie dite longue (ou tectofuge) qui se projette sur les cortex extrastriés (ces voies de projection seront abordées dans un autre article dans les mois à venir).

Enfin, ce cerveau reptilien s’inscrit dans une lecture erronée de l’évolution des Vertébrés : une évolution linéaire, dirigée par une tendance conduisant à l’avènement de l’Homme!

Cette lecture très particulière, voire finaliste, de l’évolution de l’Homme n’est bien sûr pas acceptable aujourd’hui. L’évolution n’est pas un phénomène linéaire dirigé par des tendances, mais un phénomène d’élimination des organismes non viables, incapables de survivre dans leur milieu jusqu’à l’âge de la reproduction. Ainsi, nulle volonté ne s’exerce par le biais de l’évolution qui viserait à favoriser le développement de formes complexes au détriment des formes simples, ce qui impliquerait la disparition des ces formes simples, et l’homme ne constitue donc ainsi qu’une des formes vivantes actuelles capables de survivre assez longtemps dans son milieu pour perpétuer l’espèce. l’Homme n’est ni plus ou moins bien adapté à son environnement que les autres.

Je vous conseille vivement pour mieux comprendre ces notions concernant l’évolution de vous plonger dans les nombreux écrits de Stephen Jay Gould, dont le dernier livre, « Millenium : histoire naturelle et artificielle de l’an 2000 », se trouve dans toutes les librairies.

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Organisation de base du cerveau de vertébré : exemple de la truite

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